Elle se réveilla dans la pénombre de sa chambre. Les yeux embrumés par les vapeurs encore fraîches de la veille. Son crâne lui ordonnait de sombrer dans les profondeurs de ses songes, mais déjà sa main agrippa nerveusement le rebord du lit. Elle tituba jusqu'à sa salle de bain, le froid du carrelage sous ses pieds la fit frissonner. Elle fixa avec moue le reflet difforme que lui renvoyait le miroir sale. Les commissures de ses lèvres desséchées par un rouge à lèvres débauché, le noir de l'eye liner avait épousé les vagues de son oreiller. Ses cheveux transpiraient le tabac froid. Elle resta plantée là, dénudée, vide. Vide comme si elle s'était forcée à vomir toutes ses émotions et qu'il ne lui restait plus rien à éprouver. L'oxygène manquait à la survie de son coeur mais plus rien en elle ne répondait. Elle contempla l'absente dans la glace, et se résigna à être devenue le pantin de ses regrets. Cracher sur ce reflet, le déformer, le briser. S'emmêler dans les fils qui reliaient son esprit à son repentir, les couper, les déchiqueter. La funambule n'avait plus d'équilibre. Sauter à pieds joints dans le vide. Ne faire plus qu'un avec le sol. Ses sanglots lui faisaient violemment l'amour, ses larmes se consumaient sur sa peau. Elle brûlait à petit feu mais la douleur n'en était que plus forte. De ses doigts fébriles, elle essaya de se relever en serrant la poignée de la porte. Elle lui échappa. Il lui manquait la béquille de sa vie. Sa béquille de survie. L'amour lui a glissé des mains, la bêtise de sa vie.
Please forgive me again.