Les filles d'aujourd'hui ressemblent étrangement à de fades poupées qu'on aurait fabriquées à la chaîne. Le pire c'est que ça en devient contagieux. Même vénéneux.
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Le réveil sonne, 6h, 2h en perspective pour préparer minutieusement la tenue qui la rendrait exquise. Le bol de chocapic patientera, mademoiselle ne prend pas le temps pour cet embarras. Le chocolat ne restera qu'en décoration sur le kitshissime sac à frime, les fraises se superposeront sur le caraco et les messages de rébellion s'inscriront fièrement sur le t-shirt à 9O euros.
D'un geste décidé, elle tire sur les portes de l'antre de sa garde-robe. Sésame, ouvre-toi. L'air songeuse, elle restait béante à chaque fois devant cet immense tas de tissus amoncelé, se demandant quelle parure elle pourrait bien exhiber avec dédain, le menton hautement bloqué et le regard lointain.
Pour défier la concurrence, elle a besoin de bonnes références. Lincay , Beyonce, meufs Kamel
Oualisées, trop de rime en « é » c'est pas fait exprès c'est la mode qui dicte mes pensées. Ça se répète, ça vole pas haut, et ça redescendra aussitôt. Le petit top à pois signé Zara ou le débardeur rayé fraîchement sorti de chez Bershka ? Les ballerines têtes de mort ou les talons aiguilles imitation or ? Il y a bien longtemps que les tennis décathlon sont au bureau des objets perdus, mais elle, maintenant, ressemble à un objet volé.
Aucune étape brûlée, désormais c'est la salle de bain qui subit.
Immobile devant son reflet, elle fait le constat désastreux du Tchernobyl effect. La mine
olivâtre, elle aurait eu des tendances suicidaires si elle n'avait pas mi la main sur son Gemey
Maybelline peau de pêche. Pigmentation superficielle, asphyxie industrielle. Les paupières doivent être fardées, le cil démesurément architectural et le khôl noir à outrance pour attirer le mâle. Dis moi que tu
m'aimes je te dirai demain que je te remplace. L'ongle cassé lui a fait louper la première heure de classe.
Assise dans le bus, les Pussycat Dolls lui gémissent la Vulgar Attitude. Elle s'affaire d'un air
détaché sur son portable dernier cri, suspendue à sa liste de contacts surchargée d'hypocrisie affective. Fière de ne connaître réellement qu'un cinquième d'entre eux.
Une fois dehors, elle retient nerveusement la mèche de cheveux domptée et sublimée au fer à friser. Elle se met à injurier les rafales de l'automne, ennemies suprêmes du brushing Aniston.
Décidément, elle haïssait le vent.



